En prenant pour corpus pilote un roman-feuilleton d’Émile Zola, Les Mystères de Marseille (1867), le présent travail s’attache à analyser les phénomènes d’insertion d’éléments satellites dans la place disponible entre le sujet et le verbe. Après avoir rapidement décrit les spécificités morpho-syntaxiques et rythmiques d'un observable qui s’impose à l’œil humain, nous proposons quelques pistes de réflexion sur les modalités et les enjeux de son repérage outillé dans le cadre d’une stylistique résolument historique. Le classement et l’examen qualitatif des occurrences extraites automatiquement au moyen du logiciel Lexicoscope montrent que, sous la plume de Zola, la position intercalaire a vocation à accueillir des satellites apposés au groupe sujet et n’a guère vocation à accueillir des constituants cadratifs, assignés à l’attaque de la phrase. Si l’écrivain paraît réticent à suspendre, par l’introduction d’un plateau rythmique trop prolongé, la montée mélodique de la phrase, il n’hésite cependant pas à sursaturer la place entre le sujet et le verbe lorsque l’ajout contribue à la caractérisation de son support. Afin d’enrichir notre analyse, nous proposons pour finir une comparaison entre notre corpus de départ et d’autres romans à peu près contemporains : Thérèse Raquin (1868), L’Éducation sentimentale (1869) et L’Assommoir (1877). Les données brutes fournies par le Lexicoscope indiquent que si les phrases des Mystères de Marseille et de L’Assommoir sont de longueur comparable, celles du second présentent un pourcentage plus élevé de saturations, tandis que chez Flaubert de très nombreuses clauses ou phrases ne présentent aucune saturation. Aussi Flaubert détache-t-il moins que Zola, mais surtout il détache différemment : il renonce aux redoublements, si fréquents chez Zola, et place volontiers entre le sujet et le verbe des groupes prépositionnels et surtout des adverbes ou adverbiaux à valeur circonstancielle.
La place des groupes satellites dans la phrase littéraire du XIXe siècle. Quelques réflexions entre stylistique historique et stylistique outillée / Vidotto, I., Philippe, G.. - In: LE FRANÇAIS MODERNE. - ISSN 0015-9409. - 1(2026), pp. 87-101.
La place des groupes satellites dans la phrase littéraire du XIXe siècle. Quelques réflexions entre stylistique historique et stylistique outillée
Ilaria VidottoCo-primo
;
2026
Abstract
En prenant pour corpus pilote un roman-feuilleton d’Émile Zola, Les Mystères de Marseille (1867), le présent travail s’attache à analyser les phénomènes d’insertion d’éléments satellites dans la place disponible entre le sujet et le verbe. Après avoir rapidement décrit les spécificités morpho-syntaxiques et rythmiques d'un observable qui s’impose à l’œil humain, nous proposons quelques pistes de réflexion sur les modalités et les enjeux de son repérage outillé dans le cadre d’une stylistique résolument historique. Le classement et l’examen qualitatif des occurrences extraites automatiquement au moyen du logiciel Lexicoscope montrent que, sous la plume de Zola, la position intercalaire a vocation à accueillir des satellites apposés au groupe sujet et n’a guère vocation à accueillir des constituants cadratifs, assignés à l’attaque de la phrase. Si l’écrivain paraît réticent à suspendre, par l’introduction d’un plateau rythmique trop prolongé, la montée mélodique de la phrase, il n’hésite cependant pas à sursaturer la place entre le sujet et le verbe lorsque l’ajout contribue à la caractérisation de son support. Afin d’enrichir notre analyse, nous proposons pour finir une comparaison entre notre corpus de départ et d’autres romans à peu près contemporains : Thérèse Raquin (1868), L’Éducation sentimentale (1869) et L’Assommoir (1877). Les données brutes fournies par le Lexicoscope indiquent que si les phrases des Mystères de Marseille et de L’Assommoir sont de longueur comparable, celles du second présentent un pourcentage plus élevé de saturations, tandis que chez Flaubert de très nombreuses clauses ou phrases ne présentent aucune saturation. Aussi Flaubert détache-t-il moins que Zola, mais surtout il détache différemment : il renonce aux redoublements, si fréquents chez Zola, et place volontiers entre le sujet et le verbe des groupes prépositionnels et surtout des adverbes ou adverbiaux à valeur circonstancielle.| File | Dimensione | Formato | |
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